A l’issue d’une semaine de débats parfois houleux, les Tibétains en exil ont finalement décidé de maintenir la ligne politique modérée adoptée ces dernières décennies par le dalaï-lama à l’égard de la Chine, plutôt que de radicaliser la lutte, comme le réclamait une frange des participants. L’écrasante majorité des 560 délégués réunis depuis lundi à Dharamsala, au nord de l’Inde, a voté en faveur de la politique dite de la «voie moyenne», à savoir une demande d’autonomie du Tibet plutôt que son indépendance. Une déception pour les jeunes qui, pour la plupart nés en exil, sont de plus en plus nombreux à estimer que la modération de «Sa Sainteté» ne donnera jamais aucun résultat.
Echéance. «Nous espérions bien sûr un changement puisque la voie moyenne n’a rien donné ces trente dernières années, commente Tenzin Nyesang, une jeune déléguée venue des Etats-Unis. Mais, au moins, nous avons été entendus.» «C’est tout de même un début de démocratisation puisque, pour la première fois, l’option indépendantiste reste ouverte», ajoute Tenzin Choeing, de l’organisation radicale Students for Free Tibet. De fait, le président du Parlement en exil, Karma Chophel, a précisé lors de la cérémonie de clôture que «si la politique de la voie moyenne ne donne pas de résultats dans un avenir proche, nous serons obligés de la modifier pour réclamer l’indépendance totale ou l’autodétermination». Reste à savoir à quelle échéance. L’assemblée extraordinaire, où se mêlaient responsables gouvernementaux et représentants de la société civile, a recommandé au gouvernement en exil d’interrompre les pourparlers en cours tant que Pékin n’aurait pas donné de gage de bonne volonté.
Lors de la rencontre début novembre, la Chine avait fermement rejeté un projet d’autonomie présenté par les émissaires tibétains, martelant qu’elle ne ferait «jamais de concessions» sur la question du Tibet. Si Pékin a accepté de renouer le dialogue après les émeutes qui ont secoué le Tibet en mars, c’était uniquement pour apaiser la communauté internationale avant les Jeux olympiques. «La seule chose à faire est d’attendre en espérant que les autorités chinoises revoient leur position, concède ainsi Kelsang Gyaltsen, l’un des deux envoyés spéciaux chargés des négociations. Pour l’instant, nous ne pouvons que faire appel à la communauté internationale, et tenter de sensibiliser la population chinoise à ce qui se passe réellement au Tibet.» Comme lui, beaucoup veulent croire que la Chine devra prochainement se démocratiser sous la pression des Chinois eux-mêmes.
«On assiste actuellement à une transition d’un régime autocratique vers une société plus ouverte. Les aspirations des citoyens devront inévitablement être prises en compte, ce qui aidera notre cause», argumente Lobsang Sangay, chercheur à Harvard, en soulignant que les révoltes populaires se multiplient depuis quelques années à travers la Chine.
Attaque. Une vision optimiste puisque, pas plus tard que vendredi, l’agence officielle chinoise Xinhua lançait une nouvelle attaque en règle contre le dalaï-lama, accusé depuis toujours d’être un dangereux séparatiste qui ne représente que son propre point de vue. Les délégués réunis à Dharamsala ont jugé utile de proclamer dans leur conclusion que celui-ci était «le seul et unique leader des Tibétains». Ils ont aussi ajouté, à l’unanimité, que leur chef spirituel avait de toute façon leur «entière confiance» pour déterminer la meilleure politique à suivre. Une déclaration quelque peu surprenante puisque c’est précisément pour demander des conseils à la communauté en exil que ce dernier avait convoqué cette réunion, après avoir lui-même avoué avoir des doutes sur l’efficacité de sa politique.
Ce conclave, inédit en soixante ans d’exil, laisse en définitive un goût d’inachevé, même si, concrètement, les Tibétains n’ont de toute façon aucune marge de manœuvre face à l’intransigeance des autorités à Pékin. Modérés comme indépendantistes sont d’accord sur un point : la lutte pour le Tibet doit à tout prix rester non-violente, notamment afin de ne pas perdre le soutien international dont elle dispose. Le dalaï-lama, qui ne participait pas à la réunion a, en revanche, répété hier que sa «confiance dans les autorités chinoises s’amenuisait.»